« C’est quoi en fait le Trafic Sexuel ? »

6 février 0 Commentaire Catégorie: Non classé

Il est le recrutement, l’hébergement, et/ou le transport, et/ou la mise à disposition d’une personne à des fins sexuelles commerciales, ou le fait d’obtenir d’elle un acte sexuel commercial par l’usage de la force, la fraude ou la coercition.

Un acte sexuel commercial peut inclure la prostitution, quelle soit filmée (pornographie) ou non (« massage parlors », prostitution « de rue », « erotels », « brothels » …), ou toute performance sexuelle en échange d’un objet de valeur.

Le terme « trafic » n’a rien donc à voir avec ce que la majorité des gens imaginent.

Le trafic sexuel, en gros, c’est le fait de détourner une ou plusieurs personnes en vue de les mener à la prostitution (si but lucratif), ou d’une façon plus globale, à l’exploitation sexuelle (qui n’est pas forcément à but lucratif). Parler de consentement dans le porno et la prostitution est risqué, car c’est limité la notion de choix à un « OUI ». Certes, il existe des personnes qui choisissent réellement de faire cela, et qui continuent par plaisir réel. Mais la réalité, c’est que d’une part il n’y aucun moyen de savoir si c’est le cas lorsque qu’on clique, et d’autre part, les faits rapportent que la prostitution (filmée ou non) est très souvent subie à un moment donné ou à un autre, et qu’il s’agit plus d’un esclavage institutionnalisé que d’un divertissement.

[LIRE« TRAFIC SEXUEL : QUEL RAPPORT AVEC LE PORNO ? » ]

Le Trafic Sexuel n’a rien  voir avec la notion de transport (bien qu’il peut en impliquer). Quand on entend ou lit le mot « trafic », on pense à des voitures ou à la notion de « transport » ou de déplacement. Hors, « trafic » (issu du terme anglophone « traffick ») signifie simplement « commerce illégal », et puisque ce dernier concerne en l’occurrence des personnes, il faut comprendre : « détournement d’autrui à fin d’exploitation commerciale». Ce dernier peut se faire, via de nombreux moyens : force, intimidation, chantage, manipulation, menaces, enlèvements, pressions… autant de moyens* utilisés par le trafiquant/proxénète pour tirer profit de la prostitution prolongée (ou acte de prostitution) d’une personne.

[Exploitation de vulnérabilités évidentes, détournement de mineurs, Fausses promesses de reconnaissance, d'argent et de "carrière" lors du recrutement et/ou au cours de la prostitution (la prostitution inclus le porno, celui-ci étant simplement une forme filmée de la prostitution), manipulation émotionnelle (fausse séduction, fausses romances, chantage affectif, flatterie, culpabilisation, menaces d'abandon...), contrainte par la force (menaces de partager les vidéos à la famille, menaces de mauvais traitements/représailles, chantages, demande de dettes, tromperie et fraudes sur les "contrats"...). La liste est longue...]

Zoom sur la coercition :

La coercition, notion très difficile parfois à comprendre de par la densité de ce qu’elle inclut, est l’ensemble des procédés, techniques, attitudes adoptés par une personne pour en asservir une autre, pour l’amener à se livrer à un acte sexuel, se rendant ainsi coupable de proxénétisme (on peut aussi parler de détournement, de trafic sexuel, de « traite à des fins sexuelles », ou encore de « pimping »).

Les comportements adoptés et techniques pour asservir la personne peuvent être divers et variés, parfois très nombreux, mais ne sont pas nécessairement cumulatifs. Ils ont toutefois pour point commun de correspondre à de la manipulation :

- »assaisonnement »* (on parle souvent chez les anglo-saxons de « seasoning » ou encore de « brainwashing »), – incitation, – persuasion, – menaces de préjudice, – intimidation, – contrôle des compétences de la vie quotidienne, – rendre la personne dépendante affectivement et/ou matériellement… Au sens plus large, on peut considérer que la coercition comprend aussi la fraude (chantage, mensonges et/ou tromperie en ce qui concerne les conditions de travail et les « contrats »), et le fait de fournir des drogues pour altérer le jugement de la victime…

Note : toute personne mineure, même considérée comme consentante, est automatiquement victime de trafic (proxénétisme/traite…) si elle est engagée dans un acte sexuel à fins de profits financiers (ou échange contre objet de valeur).

* l’assaisonnement est une technique de contrôle très utilisée par les proxénètes/pimps/trafiquants, qui assure une docilité et une obéissance de la part des victimes. Les victimes deviennent esclaves de leur pimp, ne vivant plus qu’à travers eux, cherchant à les satisfaire au mieux…

« La mise à pas par des techniques de tortures diverses dites « assaisonnement » est un mécanisme de contrôle bien institutionnalisé, qui assure une obéissance parfaite et la mise en esclavage. Les femmes s’identifient et se soumettent au propriétaire de bordel ou au proxénète… Elles commencent à vivre pour le présent, consciente qu’elles n’ont aucun contrôle sur leur vie économique, émotionnelle, physique et sexuelle. Les femmes et les enfants sont tout d’abord confrontés à la terreur immédiate de l’enlèvement, de la tromperie et de l’abus. Les victimes tentent de donner un sens à ce qui leur arrive et cherchent des moyens de s’échapper, mais toutes les références extérieures qui permettent de maintenir leur identité ont été éliminées. Elles comprennent qu’elles ne peuvent s’échapper. Elles sont physiquement confinées et cachées, et on surveille leurs moindres interactions et mouvements. (D’Cunha, 2002, à partir d’interviews avec des femmes indiennes, thaïlandaises, philippines dans la prostitution. 1991, 1998, 2001). » – explique le document « Les liens entre la prostitution et la traite sexuelle – Manuel pour comprendre »

Zoom sur la Force: 

Battre avec des objets, gifler, brûler, agresser sexuellement, violer, emprisonner, torturer, initier (« rituels » qui consistent à conditionner la victime contre son gré sexuellement, en l’obligeant à « s’exercer » pour mieux servir les clients, ce qui correspond bien entendu à du viol.

Zoom sur la Fraude:

La frontière entre fraude et coercition est discutable, et on peut assimiler les situations de fraudes suivantes à de la manipulation et donc à de la coercition : fausses promesses, séduction trompeuse ou faux comportements affectueux. Mais globalement, la fraude revient souvent à mentir sur les conditions de travail, en promettant grosso-modo une «vie meilleure», du « succès », de la reconnaissance, « d’être riche », ce qui revient à une forme de chantage (N.B. : dans le porno, les « contrats » sont régulièrement faussés, et souvent, les proxénètes pornographes s’arrangent pour laisser des zones d’ombres, ou falsifier les documents – ne pas oublier qu’encore, une fois, l’industrie du porno implique aussi des vidéo et photos prises par des clients*, et que le cadre d’un « studio » ne représente qu’une partie du porno, n’en constituant qu’une forme « institutionnalisée »).

[cela peut-être fait avec un smartphone dans un motel, une chambre d'hôtel, chez soi, dans les "eros center" (en Allemagne notamment, ou aux USA, avec les "brothels" et "erothels" ou les "Gentlemen's clubs"). Et partout dans le monde, y compris en France, il y a aussi des "salons de massage" et "centres d'acupuncture" qui sont souvent en lien avec le Trafic sexuel et le proxénétisme.]

* NOTE: Toute personne mineure se livrant à un acte sexuel commercial est victime de la traite, indépendamment de sa volonté de participer à l’acte sexuel.

« Quels sont les liens entre le Trafic Sexuel et le Porno ? »

EXPLICATIONS ICI

« Existe-t-ils des lois ? »

Bien sûr, elles sont entrées en vigueur depuis 2003, et concerne l’article 3 du « Protocol to Prevent, Supress and Punish Trafficking in Persons » des Nations Unies : « le trafic sexuel est : le recrutement … par la menace ou l’usage de la force ou d’autres formes de coercition, … de fraude, de tromperie, d’abus de pouvoir ou d’une situation de vulnérabilité ou par le fait de donner ou recevoir des paiements ou des avantages pour obtenir le consentement d’une personne, à des fins d’exploitation. L’exploitation comprend, au minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitations sexuelles, de travail forcé ou de services … » Ce Protocole est entré en vigueur le 25 décembre 2003.

[SOURCES : National Center Of Sexual Exploitation - NCOSE ; United Nations Office on Drugs and Crime]

Le gouvernement de New York clarifie davantage la définition du trafic sexuel : « Le recours à la force, les menaces, la rétention des documents d’identité de la victime, la demande de remboursement d’une dette par la prostitution, le fait de fournir des drogues ou le recours à la tromperie pour amener la victime à la prostitution ou la maintenir dans la prostitution. »

 

Lecture conseillée :

« Les liens entre la prostitution et la traite sexuelle : Manuel pour comprendre » – PAR MONICA O’CONNOR ET GRAINNE HEALY (2006) 

CONFERENCES ET REPORTAGES SUR LE SUJET :

« How to spot human trafficking | Kanani Titchen | TEDxGeorgeSchool ». Chiffres édifiants : un proxénète gagne en moyenne 200 000 dollars par an par l’esclavage de seulement une seule victime. 15 ans est l’âge moyen auquel les victimes se font enfermées dans le trafic humain. Kanani explique que les « pimps » sont extrêmement difficiles à dénombrer, car ils disparaissent tout le temps, se dispersent, et se transfèrent d’une personne à l’autre. La femme polie en bas de la rue, ou l’oncle, le patron, le petit ami… « Ils vivent parmi nous, tout comme leurs victimes. » Kanani Titchen MD, est médecin de l’adolescence à l’Hôpital pour enfants à Montefiore, Bronx, New York. Elle a fait face au trafic sexuel humain pour la première fois lors d’une rotation gynécologique au sein d’une école de médecine du Collège médical Sidney Kimmel de l’Université Thomas Jefferson à Philadelphie, en Pennsylvanie. Kanani a été présidente 2013-2014 de la Division des résidents nationaux de l’American Medical Women’s Association. Au cours de son mandat de président, elle s’est entraînée avec les Services de formation et d’éducation pour les filles à New York et a créé un didacticiel vidéo en ligne pour informer les médecins du trafic sexuel humain. Elle a rédigé de nombreux articles pour les revues médicales et pour la presse laïque sur le trafic sexuel des enfants américains et l’éducation des médecins, et elle a défendu des survivants du trafic sexuel aux Nations Unies et au Département américain de la santé et des services sociaux.

« Stuck In Traffic, Modern-Day Slavery In Michigan ». Description de Viméo.com : « Sex trafficking in Michigan is part of a multi-billion dollar, illegal industry. Yet most people are unaware that it is going on all around us. “Stuck In Traffic, Modern-Day Slavery In Michigan” is a documentary that sheds light on this terrible trade. »

« Stuck in Traffic » est un reportage de 40 mn qui commence par une série d’interviews révélant le degré d’ignorance des gens sur l’existence de l’esclavage sexuel moderne, et de ce qu’il implique. L’histoire de Danielle et le rapport de Isaiah Mckinnon, Chef de la Police de Détroit, expliquent que les victimes du trafic sexuel sont souvent des jeunes filles maltraitées, violentées par leurs parents, et dont la carence affective énorme est exploitée par les « pimps », qui savent très bien comment utiliser cette faille. Le témoignage de Danielle nous informe également que l’esclavagisme sexuel n’est pas ce cliché qui se résume dans l’imaginaire collectif à capturer une personne et à la retenir prisonnière, mais qu’il prend souvent la forme d’un processus insidieux et bien dissimulé derrière une véritable stratégie de manipulation. Tout débute parfois par une banale offre d’emploi. « Stuck in Traffic » informe également sur la réalité de l’usage paradoxal de la drogue dans le milieu du trafic sexuel. Ainsi, si les « pimps » s’en servent régulièrement pour semer la confusion dans les esprits des victimes (qui deviennent moins conscientes de ce qu’elles sont en train de vivre), ces mêmes substances vont êtres consommées régulièrement par ces mêmes victimes, pour échapper à l’enfer de leur quotidien.

Pourquoi ce reportage est-il important ?

- Parce-qu’il décrit les différents types de proxénètes recensés à ce jour. En effet, ces derniers peuvent aisément prendre l’apparence d’un ami ou d’un simple étudiant qui vient chercher la victime à la sortie des cours, et que ces derniers font en sorte d’offrir des choses afin que leur victime se sente redevable. Certains proxénètes paient des étudiants hommes en leur demandant d’emmener des filles de leur école dans un bar et de récolter un maximum de numéros (leur expliquant que c’est pour une « agence de mannequinat » par exemple). « Les proxénètes deviennent de plus en plus malins. »

- Car il comprend un chapitre intitulé « Awareness », et qui propose d’apprendre à mieux percevoir les signes qui pourraient signaler la présence d’une victime dans notre entourage : certains motifs de tatouages sont des moyens pour les « pimps » de faciliter l’identification de leur victime, certaines interactions humaines peuvent laisser des indices (signes de grande détresse psychologique, interactions violentes où la victime semble être terrifiée et totalement dominée, contrôlée par l’agresseur)…

- parce-qu’il propose de devenir plus conscient du danger des nouvelles technologies et notamment des réseaux sociaux, qui augmentent la fragilité de la population face aux « pimps » (« de très nombreuses victimes du trafic que j’ai rencontrées ont été « recrutées » sur Facebook »), et révèle que l’implication d’enfants dans la pornographie (proposés comme « marchandise » directement sur internet, et »habitués » très jeunes – souvent par un des parents – à percevoir l’abus sexuel comme une chose normale, qu’ils « méritent »).

 

« Sex trafficking isn’t what you think it is | Meghan Sobel | TEDxMileHighWomen ». Cette vidéo est particulièrement instructive, car elle confronte les idées reçues et véhiculées par le cinéma grand public sur ce qu’est le trafic humain (on souvent alors à l’esprit l’image d’une personne enfermée dans une cave, ligotée…), avec la réalité. Elle explique que les gens n’ont pas bien conscience de l’ampleur du problème, parce-qu’ils : – ont une idée déformée du terme « trafic », imaginant que cela implique des mouvements transfrontaliers. Ils confondent « trafic » et « contrebande ». Une personne peut donc être victime de trafic dans sa propre ville…, – que le trafic humain implique aussi bien les garçons que les filles. Pourtant, on a tendance à oublier de parler de ces garçons lorsqu’on évoque le problème du trafic, et souvent parce-que, – les victimes du trafic humains sont issus de communautés ethniques minoritaires et discriminées… Meghan Sobel nous raconte l’histoire terrifiante (mais pourtant très courante) de Oi, un garçon de 12 ans qui a quitté son village thaïlandais natal afin de trouver de l’argent pour nourrir sa petite soeur (après la mort de sa mère), en se rendant à Chiang Mai, et qui s’est retrouvé d’abord à vendre des fleurs chez un fleuriste. Mais comme il ne gagnai pas assez d’argent, il est allé dans un bar, situé dans le centre ville. Là-bas plein d’autres enfants de son âge (voire plus jeunes) sont payés à faire des massages et à servir des verres. Au début… Mais pour pouvoir gagner assez d’argent pour prendre soin de sa soeur, Oi a été amené à avoir des rapports sexuels avec des hommes. Pour cacher sa souffrance, le jeune garçon a commencé à boire, puis à prendre de la drogue afin de tenir le coup. Il savait qu’il ne gagnerait pas assez d’argent en retournant travailler dans une boutique de souvenirs, ou dans un restaurant. Un jour, il a alors volé 80 dollars à un de ses « clients » pédophiles. La police l’a arrêté, et la le comble, et en parfaite illustration de la stigmatisation dont les autorités font preuve face à ses origines ethniques, l’a mis en prison pour 4 ans ! Meghan Sobel précise que cette histoire constitue une version « sobre » de la réalité de ce milieu, et que s’il existe en effet des personnes qui ont délibérément choisi de se prostituer, ou de faire de la pornographie, il y a aussi beaucoup d’individus qui y sont forcés.

« I was human trafficked for 10 years. We can do more to stop it | Barbara Amaya | TEDxMidAtlantic ». Barbara Amaya était une esclave sexuelle, victime du trafic humain pendant 10 ans, entre ses 12 et ses 22 ans. Barbara, agit désormais activement pour la lutte contre le trafic humain. Conférencière, formatrice, auteure et superviseure leader dans le mouvement qui vise à mettre un terme à l’esclavage humain, elle explique dans cette vidéo que son proxénète était très stratégique dans sa façon de la conditionner, exploitant sa vulnérabilité dès son plus jeune âge, pour la maintenir insérée dans le réseau. Barbara nous rappelle qu’elle n’est pas un cas isolé, et que le trafic humain implique des millions d’enfants, qui comme elle, sont esclavagés. Elle a fuit son maison à 12 ans car elle était abusée sexuellement par sa famille. Arrivée à Dupon Circle, une jeune femme s’est approchée d’elle et, prétendant vouloir l’aider, lui a dit qu’elle comprenant sa souffrance, et ce qu’elle avait vécu. Barbara a suivit la jeune femme jusqu’à son appartement, et là-bas, son proxénète attendait.

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